Nagasaki : la ville où l’Orient et l’Occident se sont rencontrés
Nagasaki occupe une place unique dans l’histoire du Japon - et du monde. Pendant deux siècles d’isolement national (sakoku, 1641-1853), cette ville portuaire était la seule fenêtre du Japon sur l’extérieur, le seul point de contact avec les Européens, les Chinois et les Coréens. Cette position a forgé une culture métisse fascinante qui se lit dans l’architecture, la cuisine, les traditions et jusqu’aux visages des habitants. Et puis il y a le 9 août 1945, qui a marqué Nagasaki à jamais dans la mémoire collective. Visiter Nagasaki, c’est traverser des couches d’histoire qui se superposent avec une densité rare.
Le mémorial de la paix
Peace Park et le musée de la bombe atomique
Le 9 août 1945, à 11h02, la bombe atomique “Fat Man” a explosé à 500 mètres au-dessus du quartier d’Urakami, à environ 3 kilomètres du centre-ville prévu initialement comme cible. La visite du Peace Park et du Nagasaki Atomic Bomb Museum est une expérience bouleversante et nécessaire.
Le musée (200 ¥) est remarquablement conçu. La descente en spirale vers les salles d’exposition te plonge progressivement dans le contexte historique, puis dans l’horreur de l’explosion et ses conséquences. Des objets personnels, des photos, des témoignages filmés et des maquettes racontent l’événement avec une sobriété qui rend l’impact d’autant plus fort. Le parcours se termine par un message d’espoir et un appel au désarmement nucléaire.
Le Peace Park en surface est dominé par la grande statue de la paix de Kitamura Seibo, haute de 10 mètres, dont le bras droit levé désigne la menace nucléaire tandis que le bras gauche étendu symbolise la paix.
Prévois au minimum 1h30 pour le musée. Les contenus sont éprouvants émotionnellement. Si tu voyages avec de jeunes enfants, sache que certaines photos et objets peuvent être difficiles à voir. Le musée est cependant un lieu d’éducation essentiel, présenté avec dignité et sans sensationnalisme.
La cathédrale d’Urakami
À quelques minutes du Peace Park, la cathédrale d’Urakami a été reconstruite après avoir été entièrement détruite par la bombe. Elle était alors la plus grande cathédrale d’Asie orientale. Les ruines de l’ancienne cathédrale sont encore visibles à proximité. L’histoire de la communauté chrétienne cachée (kakure kirishitan) de Nagasaki, persécutée pendant 250 ans, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2018.
Le patrimoine multiculturel
Dejima : l’île artificielle des Hollandais
Pendant plus de 200 ans, Dejima était le seul comptoir commercial européen autorisé au Japon. Cette île artificielle en forme d’éventail dans le port de Nagasaki abritait les marchands hollandais de la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales), confinés sur quelques centaines de mètres carrés. Aujourd’hui, le site a été méticuleusement restauré : les entrepôts, les résidences et les jardins sont reconstitués avec un souci du détail impressionnant.
La visite (520 ¥) te fait découvrir comment le Japon a maintenu un mince fil de communication avec l’Occident pendant son isolement, et comment les sciences, la médecine et la technologie européennes ont filtré à travers ce minuscule point de contact.
Dejima n’est plus une île - la zone a été comblée et intégrée à la ville au fil des siècles. Le site restauré se trouve aujourd’hui en plein centre-ville, facilement accessible à pied depuis la gare ou le quartier chinois. Des travaux sont en cours pour restaurer les canaux et redonner à Dejima son caractère insulaire d’origine.
Glover Garden
Perché sur une colline dominant le port, Glover Garden regroupe plusieurs résidences occidentales du XIXe siècle, dont la maison Glover, la plus ancienne résidence occidentale en bois du Japon (1863). Thomas Glover, un marchand écossais, a joué un rôle clé dans la modernisation du Japon en aidant à développer les mines de charbon, les chantiers navals et le commerce du thé.
La vue panoramique sur le port depuis les jardins est magnifique. La maison Glover est aussi associée à l’histoire de Madame Butterfly de Puccini, dont le personnage principal serait inspiré d’une femme de Nagasaki. Entrée : 620 ¥.
Le quartier chinois de Shinchi
Le plus ancien quartier chinois du Japon (il précède ceux de Yokohama et Kobe) conserve ses portes monumentales rouges et ses temples. Plus petit que celui de Yokohama, il est en revanche plus authentique et moins touristique. C’est ici que tu trouveras les meilleurs champon de la ville.
La cuisine de Nagasaki
La cuisine de Nagasaki est le reflet parfait de son histoire multiculturelle. Chaque plat signature raconte une rencontre entre cultures.
Champon
Le plat emblématique de Nagasaki. Des nouilles épaisses dans un bouillon de porc et de fruits de mer crémeux, chargées de légumes sautés, crevettes, calamars et chashu. C’est un plat d’origine chinoise adapté au palais japonais par les restaurateurs du quartier chinois au XIXe siècle. Le restaurant Shikairo (fondé en 1899) est considéré comme le berceau du champon. Un bol : 1 000-1 200 ¥.
Sara udon
Le cousin du champon : les mêmes garnitures servies sur des nouilles frites croustillantes (fines ou épaisses). Le contraste entre le croquant des nouilles et le moelleux des garnitures est addictif.
Castella
Ce gâteau éponge moelleux est arrivé avec les Portugais au XVIe siècle (du mot portugais “Castela”, désignant la Castille). La maison Fukusaya (fondée en 1624) est la référence absolue. Un castella entier coûte environ 1 500-2 500 ¥ et fait un excellent cadeau (omiyage).
Pour un repas qui résume toute l’histoire culinaire de Nagasaki, commande un champon chez Shikairo dans le quartier chinois à midi, achète un castella chez Fukusaya pour le goûter, et termine la journée avec un shippoku ryori (cuisine de banquet mêlant influences japonaises, chinoises et portugaises) dans un restaurant traditionnel du centre. Trois plats, trois cultures, un seul repas.
L’île de Hashima (Gunkanjima)
À 19 kilomètres au large de Nagasaki, l’île de Hashima - surnommée Gunkanjima (“île cuirassé”) pour sa silhouette qui évoque un navire de guerre - est l’un des sites les plus fascinants et les plus photogéniques du Japon. Cette île minuscule abritait une mine de charbon sous-marine et une communauté de plus de 5 000 habitants dans les années 1950, ce qui en faisait le lieu le plus densément peuplé de la planète.
Abandonnée en 1974 quand la mine a fermé, l’île est aujourd’hui un décor post-apocalyptique de béton en ruine, d’immeubles effondrés et de végétation sauvage. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015 et a servi de décor dans un film de James Bond.
La croisière dure environ 2h30-3h (aller, visite, retour) et coûte 3 600-4 500 ¥. Réserve en ligne plusieurs jours à l’avance. Les débarquements dépendent des conditions météo - environ 30 % des sorties sont annulées ou réduites à un tour de l’île en bateau sans accostage.
La vue nocturne depuis le mont Inasa
Le panorama nocturne de Nagasaki depuis le sommet du mont Inasa est classé parmi les trois plus belles vues nocturnes du Japon (avec Kobe et Hakodate). La ville s’étend dans une baie étroite entourée de collines, et les lumières se reflètent dans l’eau. Le téléphérique (1 250 ¥ A/R) monte au sommet en 5 minutes.
Budget pour 2 jours à Nagasaki :
- Hébergement (1 nuit) : 5 000-9 000 ¥ (~30-54 €)
- Atomic Bomb Museum : 200 ¥ (~1,20 €)
- Dejima + Glover Garden : 1 140 ¥ (~7 €)
- Croisière Hashima : 4 000 ¥ (~24 €)
- Téléphérique Inasa : 1 250 ¥ (~7,50 €)
- Repas (2 jours) : 4 000-6 000 ¥ (~24-36 €)
- Total : 15 500-21 500 ¥ (~93-130 €)
Accès et transport
Depuis Fukuoka (Hakata) : shinkansen Kamome avec correspondance à Takeo Onsen, environ 1h20. Couvert par le JR Pass.
Depuis Osaka : shinkansen jusqu’à Hakata puis Kamome, total environ 4h. Couvert par le JR Pass.
Dans la ville : le tramway (densha) est le moyen de transport le plus pratique. Un trajet coûte 140 ¥ quelle que soit la distance. Le pass journalier à 600 ¥ est rentable dès 5 trajets.
Informations pratiques
| Adresse | Nagasaki, Préfecture de Nagasaki, Kyūshū |
| Horaires | Musée bombe atomique : 8h30-17h30 (18h30 mai-sept) |
| Tarif | Musée 200 ¥, Dejima 520 ¥, Glover Garden 620 ¥ |
| Accès | Shinkansen Kamome depuis Hakata (1h20) |
| Durée recommandée | 2-3 jours |
| Coordonnées | 32.7503° N, 129.8779° E |
Continue ton tour de Kyūshū avec nos guides de Fukuoka et de Beppu.
Informations pratiques
- Adresse
- Nagasaki, Préfecture de Nagasaki, Kyūshū
- Horaires
- Peace Park et Atomic Bomb Museum : 8h30-17h30
- Prix
- Atomic Bomb Museum 200 ¥, Glover Garden 620 ¥
- Accès
- Shinkansen Kamome depuis Hakata (1h20)
- Durée de visite
- 2-3 jours
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour visiter Nagasaki ?
Deux jours pleins te permettent de couvrir les sites principaux : Peace Park et le musée de la bombe le premier jour, puis Glover Garden, Dejima et le quartier chinois le second. Ajoute un troisième jour si tu veux faire l'excursion à Hashima (Gunkanjima) ou explorer les églises chrétiennes cachées de la région.
Comment aller à l'île de Hashima (Gunkanjima) ?
Plusieurs compagnies proposent des croisières en bateau depuis le port de Nagasaki. Le trajet dure environ 40 minutes. Le tour complet (aller, visite guidée de l'île, retour) prend 2h30 à 3h et coûte entre 3 600 et 4 500 ¥. Réserve au moins quelques jours à l'avance en ligne. Les débarquements sont annulés par mauvais temps ou mer agitée - prévois un jour de marge.
Nagasaki est-elle accessible avec le JR Pass ?
Oui. Depuis l'ouverture du *shinkansen* Nishi-Kyūshū (Kamome) en 2022, Nagasaki est reliée à Hakata (Fukuoka) en environ 1h20 avec un changement à Takeo Onsen. Le trajet est couvert par le JR Pass. Depuis Osaka, compte environ 4h en *shinkansen* avec correspondance à Hakata.