Visiter Nara : daims, Bouddha géant et trésors millénaires
Nara est l’une des expériences les plus singulières que le Japon puisse t’offrir. Dans cette ancienne capitale impériale (710-784), plus de 1 200 shika - des cerfs de Sika considérés comme des messagers divins - déambulent en totale liberté dans le parc et les rues adjacentes. Ils s’approchent des visiteurs, réclament leurs biscuits rituels avec une insistance parfois comique, et cohabitent depuis des siècles avec l’un des plus grands édifices en bois du monde. Nara, c’est le Japon ancien dans toute sa démesure et sa poésie.
Les shika de Nara sont officiellement classés “trésors nationaux” depuis 1957. Sacrés dans la tradition shinto, ils ont été protégés pendant plus de 1 000 ans. Tuer un cerf de Nara était autrefois passible de peine de mort.
Les daims de Nara : mode d’emploi
Dès la sortie de la gare Kintetsu Nara, les premiers shika apparaissent sur le trottoir, le long des boutiques et des restaurants. C’est à la fois amusant et légèrement déconcertant. Ces animaux ont une longévité de 15 à 20 ans et une mémoire remarquable des habitudes humaines.
Les vendeurs de shika-senbei (biscuits spéciaux pour daims, fabriqués à base de son et de farine de riz) se trouvent partout dans le parc. Prix : 200 ¥ la liasse d’une dizaine de galettes. Plusieurs règles importantes :
- Tiens les biscuits en hauteur ou dissimule-les dès que tu as fini, sinon les daims fouillent tes poches et ton sac
- Ne fais pas semblant d’en avoir : les daims apprennent vite et peuvent te donner des coups de tête si tu les déçois
- Les daims s’inclinent parfois pour demander poliment - c’est un comportement appris qui s’est transmis de génération en génération, probablement parce que les visiteurs inclinent la tête en les nourrissant
- Les bébés faons (visibles de mai à juillet) sont particulièrement adorables mais leurs mères peuvent être protectrices
Les cerfs males gardent leurs bois jusqu’en mars-avril (période de mue). En automne, pendant le rut, certains mâles peuvent être légèrement agressifs. Les panneaux d’avertissement dans le parc t’indiquent les comportements à éviter. Ne tourne jamais le dos à un cerf qui semble excité.
Tōdai-ji : le temple du Grand Bouddha
Le temple Tōdai-ji est la pièce maitresse de Nara. Construit en 752 sous l’ordre de l’Empereur Shōmu pour protéger le pays, il abrite le Daibutsu - le plus grand Bouddha en bronze au monde - dans la plus grande structure en bois du monde.
Le Daibutsu : chiffres vertigineux
La statue de Vairocana (Roshana Butsu en japonais) est impressionnante à couper le souffle :
- Hauteur : 14,98 m (environ 5 étages)
- Poids : 500 tonnes de bronze
- Chaque oreille mesure 2,5 m de long
- Le visage seul : 5 m de haut, les mains 2,5 m chacune
La statue originale a été coulée en 745 sous la supervision de techniciens coréens et japonais, en utilisant une technique de fonte par sections. La tête actuelle date du XVIIe siècle (les précédentes ont été endommagées par des séismes), et les bras du XIXe siècle, ce qui explique le léger décalage stylistique.
La salle du Grand Bouddha (Daibutsuden)
La Daibutsuden est, depuis sa reconstruction au XVIIIe siècle, le plus grand bâtiment en bois du monde - et pourtant, elle n’est que les deux tiers de la taille originale du VIIIe siècle. Ses dimensions actuelles : 57 m de large, 50 m de profondeur, 48 m de haut.
À l’intérieur, une colonne de bois percée d’un trou de 37 cm de diamètre attire une longue file de visiteurs : selon la tradition, quiconque passe à travers aura la même sagesse que le Daibutsu. Des enfants (et quelques adultes minces) s’y faufilent avec enthousiasme.
Horaires : 7h30-17h30 (novembre-février : 8h00-17h00). Tarif : 600 ¥ adulte (~3,80 €), 300 ¥ enfant.
Arrive à Tōdai-ji à l’ouverture (7h30 en haute saison) pour éviter les groupes scolaires japonais qui commencent à arriver vers 9h. En semaine, la foule est nettement plus raisonnable. Les shika dans l’enceinte du temple sont particulièrement pittoresques au petit matin avec la brume.
Les trésors autour du temple
Le Nigatsu-dō (salle du IIe mois) mérite une courte montée : cette salle en terrasse perchée sur la colline offre une vue panoramique sur Nara et ses environs. La plateforme en bois qui avance dans le vide donne un frisson presque comparable à Kiyomizu-dera à Kyoto. Accès libre.
Le Sangatsu-dō (salle du IIIe mois), plus discret, est l’une des structures originales du VIIIe siècle encore debout. Il abrite des statues de la période Nara d’une finesse remarquable. Tarif inclus dans l’entrée du temple.
Kasuga Taisha : 3 000 lanternes et une forêt millénaire
Le sanctuaire shinto de Kasuga Taisha, fondé en 768, est l’un des plus beaux du Japon. Sa réputation tient en un chiffre : plus de 3 000 lanternes de bronze et de pierre bordent les allées du sanctuaire et son approche forestière. Deux fois par an (début février et mi-août), lors du festival Mantōrō, elles sont toutes allumées simultanément - un spectacle magique que très peu de voyageurs ont la chance de voir.
L’approche par la grande allée boisée, où les lanternes de pierre s’alignent sous les cryptomères centenaires (certains vieux de plus de 500 ans), est déjà en soi une expérience méditative. Des shika traversent régulièrement cette allée, renforçant l’atmosphère hors du temps.
Accès extérieur libre. Intérieur du sanctuaire : 500 ¥. Le musée du trésor (Hōmotsuden) : 500 ¥ supplémentaires.
La forêt de Kasuga - la Kasugayama Primeval Forest - est une réserve naturelle protégée depuis plus de 1 000 ans, jamais exploitée. C’est l’une des rares forêts primaires de la région, classée patrimoine mondial UNESCO avec les monuments de Nara. Personne ne peut y entrer sauf autorisation spéciale.
Le parc de Nara : coeur de l’expérience
Le parc de Nara couvre 502 hectares et relie de manière naturelle tous les sites majeurs. Il n’y a pas de clôture : les shika circulent librement entre le parc, les temples, les rues commerçantes et même les parkings. L’atmosphère change selon les saisons :
- Printemps : les cerisiers en fleurs et les shika forment des compositions photographiques parfaites
- Été : les bébés faons apparaissent (mai-juillet), la verdure est intense
- Automne : les érables rouges entourent les lanternes de pierre - c’est peut-être la plus belle saison
- Hiver : les shika sont moins nombreux dans les zones ouvertes, mais l’atmosphère est plus sereine et moins touristique
Le jardin Isuien : la perle cachée de Nara
Le jardin Isuien est l’un des plus beaux jardins japonais du Kansai, et pourtant très peu de visiteurs le connaissent. Créé en deux phases (1670 et 1899), il incorpore le temple Tōdai-ji et la montagne Kasugayama comme éléments de décor dans une technique appelée shakkei (paysage emprunté). Le résultat est saisissant : en te promenant dans le jardin, le Daibutsuden semble faire partie intégrante de la composition.
Horaires : 9h30-16h30, fermé le mardi. Tarif : 1 200 ¥ (inclut le musée Neiraku).
Si tu ne devais voir qu’un jardin à Nara, ce serait Isuien. Il est peu fréquenté, magnifique à toute saison, et offre une perspective unique sur le temple Tōdai-ji qu’on ne voit nulle part ailleurs. La maison de thé à l’intérieur sert un matcha exquis avec des wagashi (confiseries) pour environ 600 ¥.
Naramachi : le quartier des marchands
En dehors du parc, le quartier historique de Naramachi offre un contraste bienvenu avec les grands temples. Ce labyrinthe de ruelles abrite d’anciennes machiya (maisons de commerçants) reconverties en cafés, galeries d’artisanat, boutiques de textiles traditionnels et petits restaurants. L’architecture Edo (XVIIe-XIXe siècle) est bien préservée.
Le Naramachi Koshi-no-ie est une maison de commerçant restaurée et ouverte au public gratuitement - elle montre l’organisation typique de ces habitations longues et étroites (les “maisons d’anguille”). L’entrée est gratuite.
Hōryū-ji : les bois les plus anciens du monde
À 20 minutes en bus depuis le centre de Nara, le temple Hōryū-ji mérite une demi-journée à part entière pour qui s’intéresse à l’architecture. Fondé en 607 par le Prince Shōtoku, son pavillon occidental abrite les plus vieux bâtiments en bois encore debout du monde, construits à la fin du VIIe siècle. Cette ancienneté - 1 300 ans de bois toujours debout - dépasse l’entendement.
Accès : bus n°60 ou 97 depuis Nara, environ 20 min. Tarif : 1 500 ¥ adulte.
Gastronomie de Nara : les spécialités locales
Nara possède ses propres spécialités culinaires que tu ne trouveras nulle part ailleurs :
Kakinoha-zushi : des sushis enveloppés dans des feuilles de kakis séchées. La feuille n’est pas mangée, mais elle parfume délicatement le poisson et assure la conservation. Les meilleures adresses se trouvent dans Naramachi. Compte 1 000-1 500 ¥ pour une boite de 5.
Miwa sōmen : des nouilles fines de sarrasin blanc, spécialité de la région depuis plus de 1 200 ans. Servies froides en été avec un bouillon dashi léger, ou chaudes en hiver. 700-1 000 ¥ dans la plupart des restaurants du parc.
Narazuke : des légumes marinés dans la lie de sake de Nara - une technique millénaire. Le goût est fort et fermenté, acquis mais très apprécié des Japonais. Tu en trouveras dans toutes les boutiques de souvenirs.
Budget estimé pour une journée à Nara (sans l’hébergement) :
- Transport depuis Kyoto : 640 ¥ aller (Kintetsu) ou 720 ¥ (JR)
- Tōdai-ji : 600 ¥
- Kasuga Taisha (intérieur) : 500 ¥
- Shika-senbei : 200-400 ¥ (1-2 liasses)
- Déjeuner : 900-1 800 ¥
- Isuien (optionnel) : 1 200 ¥
- Total : 4 000-6 000 ¥ (~25-38 €) en excursion d’une journée depuis Kyoto
Comment aller à Nara depuis Kyoto ou Osaka
Depuis Kyoto :
- Kintetsu (recommandé) : Kyoto Station - Kintetsu Nara en 35 min, 640 ¥. Service toutes les 30 min environ. Gare Kintetsu Nara à 5 min à pied du parc.
- JR : Kyoto - JR Nara en 45-50 min, 720 ¥. JR Nara est un peu plus loin du parc que Kintetsu Nara (environ 20 min à pied ou bus).
Depuis Osaka :
- Kintetsu (recommandé) : Osaka Namba - Kintetsu Nara en 45 min, 680 ¥. Express direct toutes les 20 min.
- JR : Osaka - JR Nara via Yamato-Ji Line en 55-65 min, 800 ¥.
Prends systématiquement le Kintetsu plutôt que le JR pour Nara. C’est plus rapide, souvent moins cher, et la gare Kintetsu Nara te dépose directement à l’entrée du quartier touristique. Si tu as le JR Pass, l’option JR reste gratuite pour toi - mais sache que la marche supplémentaire vaut la peine d’être anticipée.
Pour un itinéraire optimisé heure par heure, consulte le guide Nara en une journée.
Informations pratiques
- Adresse
- Parc de Nara, Nara
- Accès
- Kintetsu Nara (45 min depuis Osaka Namba, 35 min depuis Kyoto) ou JR Nara
- Durée de visite
- Journée complète ou demi-journée intense
Questions fréquentes
Peut-on toucher les daims de Nara ?
Oui, les daims sont habitués aux humains. Tu peux acheter des shika-senbei (biscuits pour daims) à 200 ¥ pour les nourrir. Attention : ils peuvent être insistants et te bousculer.
Combien de temps faut-il pour visiter Nara ?
Une demi-journée (4-5 heures) suffit pour les incontournables. Une journée complète permet de visiter les temples périphériques comme Hōryū-ji.
Nara est-elle accessible en excursion depuis Kyoto ou Osaka ?
Oui, c'est l'excursion d'une journée la plus populaire. 35 min en train depuis Kyoto, 45 min depuis Osaka Namba par Kintetsu.