Intérieur chaleureux d'un izakaya traditionnel à Tokyo avec lanternes rouges et comptoir en bois

Les izakaya : mode d'emploi des pubs japonais

L’izakaya est probablement le lieu le plus authentique de la vie sociale japonaise. C’est ici, autour de petits plats et de bières fraîches, que les Japonais décompressent après le travail, célèbrent entre amis et parfois même font des rencontres. Pour un voyageur, c’est l’une des meilleures expériences gastronomiques et culturelles du Japon - et aussi l’une des plus abordables.

Comment reconnaître un izakaya

Un izakaya se repère facilement : cherche les lanternes rouges (akachochin) accrochées devant l’entrée, les rideaux courts (noren) à la porte et l’ambiance bruyante et joyeuse qui filtre depuis l’intérieur. Certains sont au sous-sol, d’autres à l’étage - beaucoup n’ont aucune visibilité depuis la rue, juste un petit panneau et un escalier.

Les izakaya se déclinent en plusieurs formats :

  • L’izakaya traditionnel : petit établissement avec comptoir en bois, lanternes, souvent tenu par un couple. L’ambiance est intime et chaleureuse.
  • Les chaînes d’izakaya : Torikizoku, Watami, Shoya. Menus en anglais, prix affichés, ambiance animée. Parfait pour débuter.
  • Le robatayaki : izakaya spécialisé dans les grillades au comptoir. Le chef prépare brochettes et poissons grillés devant toi.
  • Le tachinomi : izakaya debout, sans places assises. Les prix sont encore plus bas et l’ambiance informelle au maximum.

Entrer dans un izakaya : le mode d’emploi

L’arrivée

En poussant le noren, lance un “sumimasen” (excusez-moi) ou attends qu’on te salue avec un tonitruant “irasshaimase !” (bienvenue !). On te demandera combien vous êtes (nanmei-sama desu ka?) et si tu préfères une table, un comptoir ou un tatami (estrade surélevée où l’on s’assoit au sol).

La première commande : boisson obligatoire

Dans un izakaya, on commence toujours par les boissons. C’est la tradition. La commande de la première tournée est souvent lancée avec le fameux toriaezu nama (“une bière pression pour commencer”). Si tu ne bois pas d’alcool, commande un oolong-cha (thé oolong) ou un soft drink.

Le otoshi (ou tsukidashi) est un petit amuse-bouche servi automatiquement avec ta première boisson. Ça peut être de l’edamame, une salade de chou, des pickles ou un petit plat du jour. Il est facturé 300-500 ¥ par personne et fait office de couvert. Ne sois pas surpris de le voir sur l’addition - c’est la norme dans tous les izakaya du Japon.

La commande des plats

Les plats d’izakaya sont conçus pour être partagés. On commande plusieurs petites assiettes pour la table et chacun pioche. Le menu est généralement organisé par catégorie : grillades, fritures, salades, plats chauds, plats de riz, etc.

Les plats incontournables

Les grillades (yakitori et kushiyaki)

Les brochettes grillées au charbon de bois sont la star des izakaya. Le yakitori (brochettes de poulet) se décline en dizaines de morceaux : momo (cuisse), negima (poulet et oignon), tsukune (boulette), kawa (peau croustillante), hatsu (coeur). Les brochettes coûtent entre 100 et 250 ¥ pièce.

Commande-les shio (sel) ou tare (sauce sucrée-salée). Les puristes préfèrent le shio qui laisse parler le goût de la viande.

Edamame

Les fèves de soja bouillies et salées sont le compagnon parfait de la bière. Commande-les systématiquement - tout le monde le fait.

Karaage

Le poulet frit à la japonaise : mariné dans le shoyu et le gingembre, enrobé d’amidon de pomme de terre et frit jusqu’à obtenir une croûte croustillante et un intérieur juteux. Servi avec un quartier de citron et de la mayonnaise. Autour de 500-700 ¥.

Gyoza

Les raviolis grillés, croustillants en dessous et moelleux au-dessus, farcis de porc et de légumes. Une assiette de 5-6 gyoza coûte 300-500 ¥.

Sashimi

Beaucoup d’izakaya servent un plateau de sashimi frais du jour. C’est souvent l’une des meilleures options du menu. Demande le sashimi moriawase (assortiment).

Plats à partager

  • Agedashi tofu : tofu frit dans un bouillon dashi léger
  • Tataki : boeuf ou bonite légèrement saisi et servi quasi cru avec du gingembre
  • Niku-jaga : ragoût de boeuf et pommes de terre, le plat réconfort par excellence
  • Tamagoyaki : omelette roulée sucrée-salée
  • Hiyayakko : tofu froid avec oignon vert et gingembre

Pour une première visite, commande 2-3 plats par personne pour commencer et rajoute au fur et à mesure. Le rythme d’un izakaya est lent et convivial - on commande par vagues tout au long de la soirée. Finis par un plat de riz (ochazuke ou onigiri) ou des ramen pour conclure.

Les boissons

Bière

La boisson numéro un des izakaya. Les grandes marques japonaises (Asahi, Kirin, Sapporo, Suntory) sont servies en pression (nama) ou en bouteille. Une pression coûte 400-600 ¥. Beaucoup d’izakaya proposent aussi des bières artisanales locales.

Highball

Le highball (whisky japonais allongé à l’eau gazeuse) est devenu la boisson tendance des izakaya. Léger, rafraîchissant, il accompagne parfaitement les plats gras. Environ 400-500 ¥.

Nihonshu (saké)

Les izakaya proposent généralement plusieurs sakés au verre ou en carafe (tokkuri). Demande le junmai pour un saké pur riz, ou le nihonshu recommandé par la maison.

Shochu

Cet alcool distillé (25-35%) à base de patate douce, d’orge ou de riz se boit allongé à l’eau chaude (oyuwari), à l’eau froide (mizuwari) ou avec des glaçons (rokku).

Chu-hai

Cocktail populaire à base de shochu et de soda fruité (citron, pamplemousse, prune). Léger et sucré, c’est le choix parfait si tu n’aimes pas la bière. 300-500 ¥.

Le nomihodai : formule boissons à volonté

Beaucoup d’izakaya de chaîne proposent le nomihodai (boissons à volonté) pour 1 500 à 2 000 ¥ sur 2 heures. C’est rentable dès la 4e boisson et c’est le format préféré des groupes de salarymen le vendredi soir. Le tabehodai (nourriture à volonté) est parfois proposé en complément.

Un repas complet dans un izakaya avec 2-3 boissons et 3-4 plats revient à 2 500-4 000 ¥ par personne (16-26 €). Avec un nomihodai, compte 3 500-5 000 ¥ tout compris. Les chaînes comme Torikizoku proposent toutes les boissons et brochettes à 350 ¥ pièce - parfait pour les petits budgets.

L’addition et le paiement

Pour demander l’addition, lève la main et dis “okaikei onegaishimasu” ou fais un X avec tes doigts en croisant les index. Dans les izakaya de chaîne, tu paies à la caisse en sortant. Dans les petits izakaya, on te l’apporte à table. Le pourboire n’existe pas au Japon.

L’addition se partage généralement à parts égales au Japon (warikan), quel que soit ce que chacun a consommé. C’est la norme culturelle.

Certains izakaya dans les quartiers de divertissement (Kabukicho à Tokyo, Susukino à Sapporo) pratiquent des prix gonflés ciblant les touristes. Vérifie toujours les prix avant de t’installer. Si on t’aborde dans la rue pour t’inviter dans un izakaya, méfie-toi - les rabatteurs (kyaku-hiki) orientent souvent vers des établissements aux pratiques tarifaires douteuses.

Où trouver les meilleurs izakaya

Les ruelles de Shinjuku (Golden Gai, Omoide Yokocho), les sous-sols de Shibuya, les yokocho (ruelles) de Yurakucho sous les voies ferrées, et le quartier de Namba à Osaka sont des zones d’izakaya mythiques. Mais le meilleur izakaya, c’est souvent celui que tu découvres par hasard dans une ruelle, en suivant l’odeur des brochettes et le bruit des conversations.

Pousse le noren, commande une nama et laisse la soirée se dérouler - c’est comme ça que les Japonais font depuis des générations.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un izakaya exactement ?

C'est l'équivalent japonais du pub ou du bistrot : un restaurant décontracté où l'on vient boire et manger entre amis ou collègues après le travail. Le mot vient de 'i' (rester) et 'sakaya' (magasin de saké). On y sert de petits plats à partager avec des boissons alcoolisées.

Faut-il réserver dans un izakaya ?

Pour les izakaya populaires du vendredi et samedi soir, oui. En semaine, tu peux généralement te présenter sans réservation. Les grandes chaînes comme Torikizoku ou Watami n'ont pas besoin de réservation la plupart du temps.

C'est quoi le otoshi qu'on me sert sans que je commande ?

Le otoshi (ou tsukidashi) est un petit amuse-bouche servi automatiquement avec ta première boisson. C'est une tradition dans les izakaya qui fait office de couvert - il est facturé entre 300 et 500 ¥ par personne. C'est normal et non négociable.

Peut-on aller dans un izakaya seul ?

Absolument. Les izakaya avec comptoir sont parfaits pour les voyageurs solo. Tu t'assois au comptoir, tu commandes quelques plats et une bière, et tu profites de l'ambiance. C'est même un excellent moyen de discuter avec les locaux.